Ilha Do Cerne
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Le séga

Le séga

Le séga

Les origines de cette musique et de cette danse sont méconnues, bien qu'il ne fasse aucun doute que le séga puise ses sources en Afrique. Mais, curieusement, cette musique n'existe pas sur le continent africain. Le séga a été aussi nourri par la musique festive de danses de Paris au XIXème siècle, les quadrilles parisiens que dansaient les propriétaires des plantations et leurs familles. Le séga est donc né avec l'exil, c'est la musique des esclaves.

Loin de leur pays d'origine, les esclaves de différentes contrées se réunissaient. Ils ne parlaient pas la même langue, n'avaient pas les mêmes coutumes, ni la même musique, mais cela ne les empêchait pas de communiquer autour de la danse et du chant. Puis de fil en aiguille la langue créole est apparue, un dialecte d'origine française qui n'a pas fini d'évoluer, s'est fondue dans la musique et le séga est né.

Dès 1768, les voyageurs de retour de Maurice parlaient du chant des esclaves et de la danse. Bernardin de Saint-Pierre a parlé de la passion des esclaves pour la musique et de l'harmonie douce d'instruments inconnus pour correspondre aux chansons avec tous les thèmes d'amour présents.

Milbert, en 1803, a parlé de pas de danse sensuels qui montrent clairement leurs intentions chaudes. Ils parlent tous du « chéga » ou « tchéga » qui deviendra par la suite le séga.

Le mot séga viendrait de la côte Est de l'Afrique. Au Mozambique, tchega se rapporte à une danse très proche du fandango espagnol. Le mot swahili sega désigne l'acte de retrousser ses habits, geste typique des danseuses de séga.

Les différents instruments du séga sont :

  • la maravane ou kayamb , constituée de cannes à sucre alignées, est de forme rectangulaire. C'est une sorte de boîte contenant des cailloux, des billes métalliques ou des graines. Le musicien agite l'instrument au rythme désiré pour accompagner le chanteur et les autres instruments.
  • la ravane, pièce maîtresse du séga est un tambour taillé dans du bois de goyage chinois. Il est recouvert d'une peau de chèvre tendue.
  • le triangle est aussi omniprésent.
  • le bobre, constitué d'un morceau de bois tendu par deux cordes et relié à une calebasse. Cet instrument n'est plus guère utilisé de nos jours dans le séga.
  • le makalapo, arc en terre. Instrument monocorde, il doit son timbre à son écho souterrain qui est à l'origine d'ailleurs de beaucoup de légendes. Le mythe veut en effet qu'étant en contact avec le sol, il permette d'entrer en contact avec les ancêtres.
  • la serpe, machette convertie en instrument utilisée comme le triangle l'est aujourd'hui.

Les chanteurs de séga reconnus à l'Île Maurice, se nomment Ti Frère (Alphonse Ravaton), Serge Lebrasse, Jean-Claude Gaspard ou encore Michel Legris.

Né le 25 juin 1930, à Rose-Hill, Serge Lebrasse composa un séga sur le père Jacques-Désiré Laval.

Plus récemment, cette musique s'est électrifiée en incluant la guitare, la basse, des cuivres. Des groupes sont reconnus sur l'île comme Cassiya, Zotsa.

Dans les années 1980, certains chanteurs comme Kaya et le Groupe Ratsitatane ou Ras Natty Baby ont créé un nouveau courant appelé seggae, un mélange de séga et de reggae.

En 1978, « Anita My Love » de Mario Armel s'est classée au hit parade en Allemagne.

En 1980, Maxime Le Forestier a fait une reprise d'Ambalaba, qui était un séga mauricien chanté par Claudio Veeraragoo en 1964.

En 1991, « Ala li la » de Denis Azor était choisi pour faire du séga la danse de l'été.

Le séga à aussi évolué vers le rap et le hip hop avec le groupe de Grand-Baie Gangsta Beach, avec leur chanson Kriyé.

A la Réunion, le Séga est un peu différent du Séga mauricien Un défenseur notable du Séga réunionnais est le groupe Apolonia, qui, depuis 20 ans, défend ce style musical avec beaucoup de constance et de succès.

Missie Coutou, John Kenneth Nelson

Ti Frère

Jean Alphonse Ravaton, dit Ti Frère (ce qui signifie petit frère en créole), est un chanteur mauricien né le 22 avril 1900 à Quartier Militaire et mort en 1992. Il est considéré comme « le roi du séga mauricien », « le père du patrimoine musical de l'océan indien ». Il a participé à la popularité du séga typique. Il chantait en créole mauricien, malgache et en bhojpuri.

Jean Alphonse Ravaton naît le 22 avril 1900 à Quartier Militaire, dans le district de Moka. Son père d'origine malgache était aussi chanteur, il animait de grandes soirées privées appelées le « bal bobesse » ; ces réceptions étaient organisées le samedi soir. Ti Frère grandit dans cet atmosphère de quadrille créole et de séga typique (style afro-mauricien). Il est illettré, mais capable d'improviser une chanson à la moindre demande.

En 1925, il chante son premier séga, Tamassa. Cette chanson sera mise sur un 45 tours en 1948 par la société Damoo sound & music. C'est le premier 45 tours créé à Maurice. À cette époque, le séga est considéré comme une musique vulgaire et ne convient pas à la société d'antan. Le séga est principalement joué par des créoles pauvres de l'île.

Dans les années 1960, Ti Frère sort plusieurs 45 tours. Sa popularité touche tout l'océan indien. Il est très connu à l'île Maurice, à Rodrigues, à la Réunion et aux Seychelles. Il est couronné « roi du séga » en 1964. Malgré sa popularité, Ti Frère vit dans la misère noire. Il est obligé de changer plusieurs fois de métier pour gagner un peu d'argent (coupeur de cannes, chauffeur de bus, casseur de roches, garde forestier, chasseur, surveillant de cheval).

Dans les années 1980-90, de nombreux artistes modifient le rythme et le style du séga évoluent grâce à des instruments diverses, pour donner naissance au « séga moderne ». Ti Frère sombre dans l'oubli.

Dans les années 1990, l'état de santé de Ti Frère se dégrade. Il devient aveugle. Il reçoit le privilège d'être membre du MBE (Member of the Order of the British Empire). En 1991, l'OCORA radio France lui permet de produire son dernier CD regroupant ses plus gros succès. Ce CD est enregistré à Camp de Masque, au milieu des champs de cannes à sucre. Malgré ça, Ti Frère restera sans un sou. Il décède à l'âge de 92 ans en 1992.

Toutes ses chansons sont devenues des grands classiques de la musique mauricienne.

La fiesta mauricienne 2012