Qui saurait dire avec certitude d'où nous vient la varangue, les tourelles, les balustrades, les auvents, les lambroquins? Combien de temps a-t-il fallu pour que naisse cette magie architecturale? Combien de temps pour que s'organise cette parfaite ordonnance des détails? Au fil des ans, les bâtisses en pierre et en bois des premiers Français se sont développées, et chaque génération a apporté sa contribution. Si bien qu'en présence d'une association aussi harmonieuse avec l'environnement, on peut se demander qui, de la nature ou de la maison, a d'abord vu le jour. Uniques au monde, synthèse de toutes les influences et courants venus de l'extérieur, témoignages d'un art de vivre alliant les conditions climatiques aux conditions sociales, les maisons de Maurice sont à l'image de la diversité de sa culture, et de ses ethnies.
Traditionnel et modernité
En fait il y actuellement un bouleversement profond de la socièté mauricienne, qui comme bien d'autres jeunes pays traversent une crise d'identité qui tente de concilier à la fois modernité et tradition culturelle.
La modernité se traduit par des valeurs de rationalité, d'efficacité, de productivité et de progrés. Ces valeurs se répandent comme des valeurs universelles à partir du monde occidental. Nous pouvons constater que ce modèle est entré en confrontation avec le reste du monde. Ce caractère hégémonique méprise la valeur des cultures locales. Mais la crise écologique, l’effondrement des modèles produits commence à produire des attitudes alternatives. A Maurice, nous sommes à ce moment précis à ce carrefour. Comme dans plusieurs pays du tiers monde nous sommes amenés à reconquérir notre passé, notre histoire et à partir de la construire de nouveaux schémas culturels.
L'architecture forme partie intégrante de la culture. Dans ce domaine, L'Île Maurice a accepté la modernité sans toutefois vérifier ses conséquences sur le plan urbain. Sur le plan purement architectural se manifestent des attitudes tantôt liées à un style moderne international. D'où l'urgence qui se manifeste de dire, de faire et de matérialiser;
L'Ile Maurice a des traditions culturelles concrètes qui lui permettent d'assimiler le meilleur des autres apports et de s'enrichir sur de telles bases. Si une culture ne peut pas se nourrir des autres, c'est une culture fragile. Si elle n'a pas une attitude critique, elle sera condamnée à se répéter d'une manière stérile. Dans toute notre histoire, et jusqu’à nos jours, notre société a intégré les apports européens, asiatiques, et africains à nos propres composants culturels. Cela s'est produit spontanément sans qu'il soit toutefois officiellement accueilli.
Point de convergence des cultures
Cette vision culturelle n'est point utopique. En fait en matière d'architecture, elle existe déjà. Mon propos est de démontrer que la maison dite "traditionnelle", coloniale ou créole selon les sensibilités ou susceptibilités locales, est déjà une synthèse de tous les composants culturels du pays. Elle s'est créée lentement et graduellement.
L’île Maurice est un pays jeune: les premiers établissements humains datent du début du 18ème siècle seulement. Comme tout pays colonisé, son histoire courte mais mouvementée l'a profondément marquée, aussi bien dans sa production et ses échanges, sa structure sociale et sa composition ethnique que dans son environnement bâti.
Les colons français surent tirer parti du milieu physique et les maisons traditionnelles de style colonial sont des exemples réussis d'architecture adaptée au climat. Cet habitat traditionnel est lui-même un livre de connaissance en matière d'adaptation climatique. Chaque détail s'améliore petit à petit pour mieux contrer, mieux se protéger des excès climatiques.
Ainsi la maison va se protéger du soleil et de la pluie. Elle va créer un confort intérieur que l'on retrouve pas toujours dans les maisons de nos jours.
Plusieurs éléments contribuent à cela:
- son orientation par rapport au soleil
- son orientation par rapport aux vents généraux et aux pluies
- la forme et les dimensions des auvents/marquises
- la pente de ses toitures pour un écoulement rapide des eaux pluviales (ces éléments furent tellement stylisés, épurés que l'on fini par oublier leur fonction première).
Avec le temps cette architecture a subi des transformations dues aux influences africaines, anglaise, hindoue, indo-musulmane et chinoise. Personne ne peut dire que ces apports furent malheureux. Au contraire, c'est une façon pour ces nouvelles communautés, venues de civilisations différentes, d'exprimer leur identité culturelle à travers des éléments d'architecture typique pour en se greffant à elle.
Voyons ensemble l'apport de chaque composant:
Vers 1735-1736, plusieurs bâtiments publics sont construits suivants des plans établis par des maîtres d’œuvres français.Vers 1740 vont se construire les grandes demeures des plantations dont les grandes lignes architecturales s'inspirent du classicisme français de l'époque.
A partir de 1810, la plupart des constructions furent des bâtiments publics. On retrouvera l'ordonnance coloniale de l'empire britannique aux décors indiens. Ce fût souvent des plans conçus pour les colonies qui étaient construits ici comme aux Indes.
A l'époque des français, nombreux furent les artisans tamouls de Pondichéry qui participèrent à la construction des édifices coloniaux français. Cette symbiose est telle que l'on reconnaît les insignes de la Compagnie des Indes sur les portes de la grande mosquée de Port Louis.
Les plans français ou anglais étaient souvent sommaires et laissaient beaucoup de champ aux artisans, sculpteurs pendant la réalisation.
Le trait le plus significatif de l’esthétique indienne repose sur l'iconographie; cette iconographie est extrêmement abondante et ses symboles et ses signes sont intimement associés à la religion et la philosophie.
La peinture et la sculpture sont utilisées sur les éléments de la maison (portes, poteaux, escaliers,etc) pour évoquer des images ou rappeler des références. C'est donc à travers l'iconographie que se sont exprimés les artisans. Ils laissaient sur chaque bâtiment des images et des symboles de leurs pays et de leur culture.
L'apport islamique nous est parvenu surtout par les immigrants de Gujarat. Les originaires de cette région de l'Inde contribuèrent énormément à l'architecture de l'époque. Ils étaient d'habiles sculpteurs sur bois et d'excellents ferronniers. Leurs maisons "Havelis" en Inde comprenaient déjà des éléments comme le moucharabieh (écrans en bois filtrant la lumière et les regards indiscrets) le patio, la véranda ou encore la balustrade à motifs floraux. Les éléments étaient souvent stylisés car l'Islam décourage les images et sculptures des déités.
Il serait injuste de ne pas le souligner. La majeure partie des maisons dites créoles furent conçues par les constructeurs selon le même plan sans aucun document graphique. Le plan était tracé directement sur le sol généralement plat. Le modèle de réferrence était la grande demeure coloniale.
Chaque artisan apportait sa contribution selon ses propres références culturelles, sa compétence et son savoir faire technique. Chaque client/propriétaire faisait apparaître ses préférences et son goût selon ses propres fantaisies.
Toutes ces différences (variante d'un même modèle) ont créé une unité mauricienne et ont fait de chaque maison un cas unique en son genre.
Il serait opportun ici de dire que tous les mauriciens, toutes religions et origines confondues, ont fait appel au même modèle de référence en matière d'habitation. Toutefois les différences correspondent principalement à leur moyens financiers: la taille de la maison, la richesse dans les choix de matériaux , etc.
Voyons maintenant l'évolution de la maison mauricienne à travers le temps.
La maison du XVIIIème (1715-1820)
Au XVIIIème siècle, l'économie mauricienne était à ses débuts et les premières habitations étaient sommaires. Mahé de La Bourdonnais, gouverneur de 1735-1747, chercha à persuader les colons de prendre à cœur l'amélioration et l'embellissement de leurs demeures et leur fournit les matériaux et les ouvriers nécessaires.
Les colons français tentèrent de transporter dans leur pays d'adoption un peu de ce qu'ils avaient laissé à regret derrière eux. La construction de Mongoust (détruite en 1912) en est une illustration. La famille Le Juge de Segrais ayant abandonné sa propriété en France, construisit à l'Ile de France un "petit Segrez". Alors que le château de Segrez est l'oeuvre d'un architecte et d'artisans spécialisés, Mongoust est l'oeuvre des colons.
"Construite entièrement en bois, cette maison, véritable manoir, était un vaste bâtiment rectangulaire de deux étages... Le style était très sobre, les proportions très heureuses, elle n'avait aucun cachet et, avec sa corniche saillante aux moulures classiques, elle présentait la caractéristique d'une demeure française du XIIIe" (Souvenirs de Segrais, de Mongoust-R. Le Juge de Segrais-1936).
Il est fort probable que les maisons étaient édifiées avec l'aide de quelques charpentiers de marine que Mahé de la Bourdonnais avait emmené avec lui pour la mise en chantier et la réparation des navires. Il n'est donc pas surprenant que les techniques et les principes décoratifs de l'architecture navale se retrouvent dans ce type d'habitation.
Sa construction
La maison est construite entièrement en bois, sauf les assises qui sont en pierres et qui s'élèvent jusqu’à 50 centimètres du sol. Le plancher repose sur ce muret et de petites ouvertures dans ce dernier assurent la ventilation du vide d'air ainsi créé. La varangue est surélevée de 30 à 40 centimètres du sol par remplissage de pierres et de cailloux et la surface est constituée de pierres bien taillées. L'ossature consiste en poteaux, poutres et charpente et le contreventement est assuré par des pièces en diagonale. Des planches sont clouées des deux côtés de la structure porteuse et forment ainsi un vide d'air dans les parois verticales. Des ouvertures (jalousies ou fenêtres) au-dessus des portes et cloisons assurent une bonne ventilation de toutes les pièces.
La toiture consiste en une charpente en bois recouverte de planches formant un voligeage jointif et sur lequel sont placés des bardeaux. Dès le début, le bardeau fut utilisé comme couverture pour le toit. Cette fine latte de bois amincie à l'une des extrémités est clouée sur la charpente de bois. Les bardeaux étaient recouverts d'une couche de peinture composée essentiellement de bitume, lequel en renforçait l'étanchéité. La ventilation du comble est possible par la présence de jalousies dans les pignons, ou des lucarnes.
Les portes et fenêtres donnant sur l'extérieur sont toujours doublées et consistaient de battants en bois plein donnant vers l'extérieur et de battants vitrés vers l'intérieur. Quand ces ouvertures n'étaient pas protégées par les galeries et varangues, elles étaient coiffées d'auvents.
A cette époque, l'architecture se développa principalement à Port Louis (où le "plan grille" dessiné par Cossigny permit un développement ordonné de la ville). Il n'existait pas de village, les colons vivaient éloignés les uns des autres dans leurs plantations, appelées "défrichis", véritables "lots dans l'immensité de la forêt tropicale.
La naissance de la maison mauricienne (1820-1860)
Ce n'est qu'au cours du XIXème siècle que le "style mauricien" naquit quand les colons français et anglais prirent conscience de la nécessité d'adapter leur architecture aux exigences du climat, comme à celles de la société. Dès lors, toutes les constructions suivirent un certain nombre de règles établies. Les habitations en bois, le plus souvent, reposaient sur un soubassement en pierre qui les isolait du sol et permettait une aération constante. Cette surélévation leur conférait également une position dominante. La pierre, difficile à tailler, était réservée aux bâtiments administratifs, d'autant que le mortier de madrépores se lie malaisément.
Le plan est d'une simplicité remarquable, une double rangée de chambres communiquant entres elles. Il n'est pas rare que le salon occupe toute la largeur de la maison. Pour plus de ventilation, les fenêtres sont remplacées par des portes placées systématiquement dans le même axe.
Le corps de logis principal est composé du salon, de la salle à manger et des chambres à coucher. Les cuisines et salles d'eau sont de petites constructions séparées à l'arrière de la maison. Souvent des pavillons avec des chambres supplémentaires s'ajoutaient a l'ensemble, car les familles étaient nombreuses et il était habituel de recevoir fréquemment des invités de passage.
Autour du corps de logis vient se greffer la varangue, une structure indépendante, qui court sur un ou plusieurs côtés. Les toits de ces varangues étaient plats et furent communément appelés "argamasse" d'un mot portugais "argamassa" qui signifiait un ciment composé de tuiles broyées et de chaux. A Maurice, la recette de l'argamasse était plus élaborée et contenait, dit-on, outre la chaux, un mélange d’œufs et de sucre et autres ingrédients étonnants. Cette pâte, que les artisans indiens excellaient à fabriquer, devenait si dure qu'elle résistait longtemps aux plus fortes averses. Toutefois, l'argamasse sera bientôt remplacée par la tôle.
La varangue isole les parois du corps de logis, les préservant à la fois de la pluie et de l'exposition directe aux rayons du soleil. L'on s'y tient volontiers à toute heure du jour car il fait toujours frais et, les chambres étant toujours plongées dans une demi obscurité, c'est l'endroit le mieux éclairé. La varangue permet d'accéder directement aux pièces principales. Elle devient un phénomène social dans un pays où l'hospitalité est un art de vivre.
"Elle est à la fois entrée noble de la maison, parvis... lieu de repas et d'échanges..."
(Etude préliminaire sur l'habitat traditionnel dans le département de l'Ile de la Réunion)
Personne n'oserait prétendre que la varangue est une invention mauricienne. Sous des noms différentes "galerie", "véranda", "piazza", "porche", elle illustre une manière de vivre propre aux Européens vivant ou transplantés dans un pays chaud.
Il faut noter qu'elle prit de l'importance à Maurice sous l'occupation anglaise à partir de 1810, influence des colonies britanniques.
La varangue est, on peut le dire, le symbole de toute maison mauricienne. Elle représente pour ceux qui vivent sous les tropiques ce qu'est la cheminée dans les pays froids.
La maison mauricienne, romantisme et maniérisme (1860-1930)
Les épidémies de malaria coïncident avec l'ouverture du chemin de fer, beaucoup de familles délaissent Port-Louis pour le climat plus sain des hauts-plateaux.
Dès lors, avec les facilités offertes par le transport ferroviaire pour acheminer les matériaux, une série de villages et de villes à caractère purement résidentiel se développe. Si Port Louis reste le centre commercial et administratif, les particuliers n'hésitent pas à démonter leur maison de la capitale, pour les remonter dans les hauts.
Ayant acquis une bonne maîtrise technologique locale, les habitants n'hésitent plus à se lancer dans la recherche de fantaisie, où l'on verra bientôt la varangue vitrée, le toit sous ses formes multiples, les tourelles, les fenêtres et leurs auvents, les bow-windows, le tout allant de pair avec une forte exubérance ornementale. Nous sommes loin des premières cases de bois équarri. Il s'agit désormais d'un lieu qui doit être confortable, et qui, bien plus, doit refléter le statut social de son propriétaire, lequel accorde beaucoup d'importance à l'esthétique de la façade principale, dont la varangue est l'élément majeur.
Il y a trois types de varangues: la varangue à colonnades très simples; la varangue plus élaborée à balustrade et nantie de décoration, ces deux genres s'entremêlant quelquefois, et la varangue vitrée, phénomène social bien plus que variante utilitaire, car elle est présente aussi bien dans les régions chaudes que sur les hauts-plateaux.
La fermeture de cette varangue par des vitrages sans aucune protection solaire est néfaste pour les régions chaudes. Ainsi la varangue perd sa vrai fonction et:
- devient un endroit chaud même après le coucher du soleil, par effet de serre et accumulation de chaleur dans la masse thermique du sol,
- la ventilation est difficile quand il pleut,
- la circulation de l'air devient plus difficile car même si la paroi vitrée contient des fenêtres, elles sont peu nombreuses et la plupart du temps fermées.
C'est l'époque de l'exubérance victorienne, aussi bien que celle des villas bourgeoises en France. Il ne faut pas oublier que sous l'administration anglaise, la population franco-mauricienne a pu conserver ses coutumes et ses traditions et qu'elle est toujours très influente.
Dans leur ensemble, les principes architecturaux restent toujours les mêmes. Pourtant, il est difficile d'être catégorique sur l'origine des éléments nouveaux cités plus haut. La varangue vitrée, par exemple, pourrait bien nous venir du "conservatory" anglais très en vogue au XIXème siècle, mais il est également vrai que le jardin d'hiver existe à la même époque en France. Par contre, les tourelles sont indéniablement d'origine française et les bow-windows typiquement britanniques.
Le changement majeur de cette époque se trouve dans la configuration du toit. Le toit à quatre pans couvrant les pièces de la maison telle la coque d'un navire est remplacé par une série de petits toits, souvent à pignons. Ces deux procédés trouvent-ils une explication dans l'architecture des Antilles, où le toit à quatre pans existe uniquement dans les îles françaises, et peut-on en inférer que le toit, sous ses formes multiples, serait un phénomène anglais?
Durant toute cette période, la rigueur et la simplicité du début sont délaissées pour une architecture plus élaborée et complexe, mais toujours conçue à partir du même modèle.
Chacun se sent libre de créér et d'innover au gré de sa fantaisie.
La maison populaire perpétue le style mauricien (1930-1960)
Hélas, l'avènement du béton vit le déclin du bois et ce n'est que grâce à la maison populaire que l'architecture traditionnelle survécut.
De proportions plus modestes, elle contient tous les éléments du style mauricien; modèle réduit des grandes demeures, elle s'en différencie toutefois sur trois points: l'utilisation de la tôle est essentielle; les couleurs vives, qui succèdent aux tentes sobres et reflètent l'amour du Mauricien pour les tons "chazaliens"; la dissymétrie, qui fait oublier souvent la rigueur des demeures patriciennes. Le résultat est pittoresque.
Bien que toute petite, la varangue garde son rôle de pièce d'accueil et devient la pièce principale de la maison. C'est là que l'on vit. Mais la varangue, devanture et image de marque de la maison va encore subir des transformations. "Les varangues furent encadrées de deux pignons précédant le corps du logis (les chambres sont en général disposées systématiquement et latéralement par rapport à la varangue), modeste rappel de la nostalgie des châteaux". Ces pièces que nous appelons "godons" ou "godown" ont parfois des plans circulaires ou hexagonaux et des toitures à très forte pente. Elles servent souvent pour le repas, la lecture, la couture et les jeux d'enfants, et parfois comme chambre.
Le plus souvent, la cuisine ne fait pas partie du logis mais se trouve en annexe à l'arrière de celui-ci, tout comme dans les grandes maisons de jadis.
Sa construction
La construction se fait avec les mêmes techniques que pour les maisons précédentes, mais souvent des matériaux moins chers et moins nobles sont utilisés.
- Les bardeaux sont souvent remplacés par la tôle galvanisée ondulée.
- Les parois extérieures sont parfois réalisées en tôle ondulée pour le côté extérieur et en planches à l'intérieur.
Comportement au climat
La tôle ondulée a moins de résistance thermique que le bois et la transmission de chaleur est supérieure. Cependant grâce au vide d'air cette paroi mixte a une bonne performance et elle est toujours de faible inertie.
Toutefois les tôles mal fixées sont vite arrachées pendant les cyclones et lorsqu'une tôle cède, souvent toute la couverture peut s'envoler.
Les caractéristiques de la maison traditionnelle mauricienne
Toutes les maisons sont caractérisées par les aspects suivants:
- Inexistence de couloirs. Chaque pièce communique avec les pièces voisines.
- Présence de la varangue avant qui donne sur le jardin et sur la rue.
- Disposition de la cuisine, salles d'eau (étables et poulaillers s'il y a lieu) dans la cour arrière, séparés de la maison.
- Utilisation de la varangue arrière comme espace à plusieurs fonctions (gros travaux, travaux de ménagères, jeux d'enfants, salle à manger) ou sa récupération pour rajouter d'autres pièces à la maison.
- Présence presque permanente d'une petite pièce (qu'on appelle godon) à côté de la varangue avant.
- Orientation de la façade principale de la maison sur la rue.
"La fantaisie ne tarda pas à se mêler à la sévérité des lignes, l'extrémité des bardeaux s'arrondit, le bois, le fer-blanc découpés en festons, en entrelacs soulignèrent les corniches, les chéneaux et les marquises. Chacun y apporte sa contribution, arabesques d'inspiration musulmane et indienne, volutes chinoises, stylisations africaines sous certaines formes: sources diverses qui ont réussi à créer une unité Mauricienne"
Cet extrait de la préface de Marcelle Lagesse dans "Maisons Traditionnelles de l’île Maurice" nous donne une idée sur la décoration de la maison mauricienne et sur ces origines.
La maison est très adaptée au climat et résiste aux cyclones si elle est entretenue régulirement. La très forte humidité et les termites sont les dangers qui menacent le bois, mais peuvent être écartés par un bon traitement fongicide, insecticide et hydrofuge, ainsi que par une protection des pièces exposées aux intempéries avec de bons détails de construction.
Les facteurs et éléments positifs sont:
- la faible inertie des matériaux utilisés qui convient parfaitement à notre climat chaud et humide,
- la forte pente de la toiture permet un écoulement facile de l'eau de pluie, le comble non-habité et ventilé réduit la quantité de chaleur transmise à travers de la toiture, moins d'énergie incidente est absorbée aux heures critiques quand le soleil est haut dans le ciel, l'angle d'incidence étant grand.
Toiture terrasse: angle d'incidence (i) faible; grande quantité d'énergie incidente absorbée.
Toiture en pente traditionnelle: i est grand; moins d'énergie absorbée.
Elle procure une zone d'ombre pour se reposer, et d'où l'air frais est puisé pour rafraîchir l'intérieur de la maison. Elle protège aussi les parois extérieures contre le rayonnement solaire direct. Des stores en lamelles de bambous sont déroulés jusqu'au sol pour la protection quand le soleil est bas dans le ciel. Enfin la varangue permet la ventilation des pièces même quand il pleut.
Entre le plancher et le sol, il protège contre la montée d'humidité et procure une isolation contre la forte inertie du sol.
La maison d'aujourd'hui (1960-1990)
- La véranda avant en béton armé
Ceci est né de plus de sécurité en période de cyclones et peut-être aussi pour l'image de marque de la maison.
L'effet de serre est important et l'inertie est plus forte. Les solutions possibles:
- Rapprochement ou introduction de la cuisine et les salles d'eaux dans la maison
Ceci est plus pratique mais il y a le problème de la chaleur, des odeurs et de la fumée dégagées par la cuisine. Les solution possibles sont:
- Couloirs
Cest le signe d'un besoin de plus d'intimité dans les pièces, mais le problème est que cela diminue la ventilation des pièces.
Les solutions possibles sont:
- Disparition du vide d'air sous le plancher
La surélévation se fait par remplissage de pierres. Cela augmente l'inertie du bâtiment et laisse pénétrer l'humidité. La pratique du vide d'air sanitaire devrait être remise en valeur par:
- Matériaux et techniques
Le remplacement de tous les matériaux traditionnels par le béton, devenu général, est justifié par la bonne résistance du béton contre les cyclones et par le fait qu'il ne pourrit pas et ne subit pas d'attaques des termites. Sa forte inertie est son principal désavantage et l'utilisation des minéraux volcaniques existant dans l'île pour la fabrication d'un béton léger pourrait résoudre ce problème.
Les bois de construction sont en majeure partie importés et coûtent chers. Les bois locaux sont de qualité moyenne et devraient subir des traitements fongicide, insecticide et hydrofuge pour améliorer leurs performances.
Le métal est utilisé sous forme de tôles ondulées galvanisées pour les toitures, mais disparaissent elles aussi à cause de mauvaises techniques de fixation. Pourtant, alliées avec des panneaux agglomérés elles donnent des toitures très performantes.
La chaume ne se voit presque plus à cause du problème d'entretien (il faut changer de couverture tous les cinq à sept ans) et de la main d'oeuvre de plus en plus rare. Elle est utilisée surtout pour les hôtels et bungalows le long des côtes.
Les inconvénients de la maison moderne
- Toiture terrasse en béton armé, sans étanchéité; accumulation de chaleur et rayonnement vers l'intérieur la nuit,
- Infiltration de l'eau à travers de fissures,
- Forte inertie du lit de pierre sur lequel repose la maison et du béton (parpaings et structure béton armé).
Le béton armé résiste sans problèmes aux cyclones, mais nous ne devons pas oublier que les structures métalliques ou en bois ont l'avantage d'une faible inertie et devraient être utilisées quand c'est nécessaire, surtout pour la toiture qui reçoit le maximum d'apport énergétique.
Les différents éléments de l'architecture créole urbaine
La maison créole urbaine se distingue de la paillote ou "cabanon", case rurale construite avec les matériaux du site. Elle se distingue également des grandes villas, images déformées d'une architecture que les grands propriétaires ont vu en France. Cette architecture n'est pas spécifiquement mauricienne. On trouve son double en Louisiane, aux Antilles, dans toutes les pays à climat équivalent. L'architecture de la grande villa créole est internationale. Pourtant elle n'est pas un modèle figé comme la villa-château, comme l'attestent son évolution et la diversité de ses variantes dans l'espace et le temps.
La case créole urbaine est surtout caractérisée par sa façade. Son plan, les relations qu'elle entretient avec la rue ou le jardin, répondent aux contingences d'un modèle culturel et d'un environnement naturel particulier.
L'architecture de la façade est faite pour être vue, et pourtant nous verrons qu'elle est aussi le produit de savoirs faire constructifs qui lui permettent de répondre aux différentes sollicitations climatiques (eau, vent, soleil), et qui, d'autre part, donnent aux éléments de style classique qui la composent, l'empreinte culturelle des différentes ethnies de l'île.
La diversité des matériaux utilisés est un facteur déterminant de la diversité architecturale de la case urbaine. Ces matériaux, d'abord issus des ressources locales, ont évolué en même temps que l'évolution économique et politique de l'île. On leur a substitué peu à peu des produits manufacturés importés. Il est incontestable que ces produits sont devenus des éléments conventionnels de l'architecture créole, mais leur mise en oeuvre a été, et est encore, le plus souvent associée à des solutions architecturales inadaptées.
Le plan de masse
La parcelle de terrain où est édifiée la case est appelée "l'emplacement". Elle comprend en général la case elle-même, les dépendances que l'on nomme "longère", le terrain restant étant appelé "la cour". On distingue dans la cour elle-même l'avant et l'arrière que l'on nomme jardin et cour arrière ou "derrière". L'emplacement est limité par une clôture, un mur en principe, dont le portail est appelé "barreau".
La case est implantée au centre du terrain, ménageant ainsi devant et derrière elle les deux parties de la cour. L'étroitesse de certains terrains est telle que les circulations latérales pour aller de l'une à l'autre deviennent inexistantes. Toute en longueur, comme son emplacement, la case rejette à l'extérieur les locaux de services, la cuisine, le lavoir, les divers celliers et appentis et enfin la fosse d'aisance qui se trouve, elle le plus loin possible.
Séparées du reste de l'emplacement par une clôture basse, la cour arrière est un lieu de fonction. Un ou deux gros arbres ombragent des emplacements où l'on peut travailler au frais. La volaille s'y ébat en liberté et les fruitiers courants, papayers et bananiers, y poussent de manière anarchique. Le jardin de devant est, quant à lui, un lieu de prestige.
La végétation
La végétation est une composante essentielle de l'architecture créole. Elle est dans le jardin et dans la maison.
Dans "une région où la nature est exubérante et prodigue de ses végétaux", le créole reste pourtant un maniaque des plantes et de leur reproduction. Tout ce qui pousse ailleurs doit pousser chez lui. aussi le jardin, partie antérieure de la cour se trouvant entre la case et la rue, est-il envahi d'une profusion souvent anarchique de plantes et de boutures. La case créole, et en particulier sa façade antérieure, composée pourtant avec tant de soin, se contente de transparaître à travers la végétation. Les lambroquins se confondent avec le feuillage, avouant ainsi leur véritable origine. Les impostes ajourées deviennent arrières plans, les vitrages ont des reflets qui servent de faire valoir aux fleurs et aux feuillages.
Cette végétation du "jardin de devant" est très conventionnelle. On y retrouve pratiquement toujours les mêmes plantes. La plus petite cour comportera toujours au moins les crotons, buissons aux feuilles colorées allant du vert au rouge en passant par toutes les nuances du jaune et de l'orangé. Ils apportent une note chromatique qui résonne agréablement sur la blancheur de la façade.
La varangue
Mot marin d'origine scandinave, synonyme de véranda, la varangue est un lieu scénique de cette façade décor. Espace privilégié de la maison créole, elle exprime le raffinement d'un art de vivre tropical. Elle est donc l'objet de soins particuliers du constructeur.
La varangue est un espace intermédiaire entre l'intérieur et l'extérieur, un espace de transition dont les variantes sont nombreuses.
D'abord, elle fut un espace creux dans la façade principale du bâtiment. Invagination de l'habitation, pénétration de la cour dans la case, elle crée un espace aéré et ombré où il fait bon vivre aux heures chaudes de la journée. On la meublera donc de confortables fauteuils et de tables basses, mais aussi de guéridons supportant fougères et capillaires ou orchidées en fleurs. Elle est tout à la fois espace de représentation, d'accueil et de repos. Génératrice d'ombre, elle donne au salon ou séjour, sur lequel elle s'ouvre, un air plus frais que s'il y pénétrait directement. Génératrice de ventilation aussi puisque sa disposition et celle des pièces en enfilade en font un véritable entonnoir à courants d'air.
La varangue a été un élément de l'évolution du plan et de la forme de la case créole. Elle constitue en effet un volume auquel il ne manque qu'un côté pour faire une pièce d'habitation. La fermeture de la varangue répond à un besoin de place ou de meilleure protection contre la pluie et le vent, mais elle en crée finalement un autre. C'est ainsi qu’apparaît la varangue rapportée avec son toit à contre-pente et son bandeau à fronton.
Impostes et balustres
Les impostes et balustres sont des éléments ajourés en panneaux ou bien éléments de bois découpés et ouvragés. Reproduisant des motifs à dominante florale, ils incorporent à la façade la végétation qui l'entoure. Les impostes sont des entrelacements de lianes piquetées de fleurs cernant parfois une figure géométrique. Les balustres reproduisent en série des colonnettes ajourées et ouvragées.
Ils ferment à la vue extérieur des ouvertures pratiquées en haut et en bas des croisées, laissant passer l'air tout en filtrant la lumière.
L'étanchéité des impostes est assurée par l'auvent central de la varangue. A l'intérieur de la case, on retrouve parfois les impostes en haut des cloisons de séparation ou des portes. Ce système permet une bonne ventilation et l'évacuation de l'air chaud par les impostes de la façade.
Le motif des balustres se retrouve parfois en garde corps entre les poteaux d'une varangue ouverte. On constate parfois une dernière intervention du bois découpé en dessous des barres d'appui des fenêtres, le motif jouant le rôle de protection pour les enfants.
Auvents et marquises
La fonction des auvents et marquises est de protéger les ouvertures contre le soleil et la pluie. Il est bien agréable, lorsque la pluie tombe, de profiter de la fraîcheur ambiante tout en laissant les croisées ouvertes en grand. De même, aux heures chaudes de la journée, il est nécessaire que les rayons du soleil ne pénètrent pas dans les pièces lorsque les volets sont ouverts. La construction de ces pare-soleil témoigne d'un grand savoir faire climatique. Leurs ombres portées sont toujours finement calculées.
L'ancrage pour les marquises et les supports pour les auvents doivent être solides pour pouvoir supporter, outre leur propre charge, les risques d'arrachement d'un fort vent de cyclone. Les jambes de force des auvents, d'assez forte section, sont chantournés afin d'alléger leur aspect massif. L'étanchéité, d'abord assez précaire, fut ensuite réalisé grâce à une feuille de tôle formant solin contre le mur et couvrant les joints des corniches ou finissant en lambroquins pour certaines marquises.
Les éléments de bois finement ouvragées, qui bordent toutes les protections, constituent avec le pavillon en tôle un élément significatif de la case créole. Elles servent à piéger les eaux de ruissellement et à les faire dégoutter verticalement. Malgré l'apparition de gouttières de zinc et de plastique, les lambroquins constituent un excellent moyen de diriger les eaux pluviales dans cette région. Sil pleut violemment, les lambroquins ne produisent pas d'autre effet que celui des gouttières débordantes.
Les lambroquins mettent en valeur les éléments naturels de l'environnement de la maison. Pièges à gouttelettes mais aussi pièges à lumière, ils dessinent sur la façade des dentelles d'ombres dont la forme évolue avec l'inclinaison du soleil.
Les corniches
Les corniches sont des éléments utiles à l'étanchéité du revêtement et de la structure. Or travaillés en référence au modèle grec, ils constituent des éléments d'ornement de la façade.
Elles soulignent le raccordement entre façade et bandeau "cache-toiture". Leur fonction est de préserver la façade d'un trop grand ruissellement. On les trouve aussi en bordure d'auvent où leur action se combine à celle des lambroquins, et enfin au niveau des baies où elles marquent et protègent les transitions entre vides et pleins, et entre divers "éléments d'aération". Un solin en tôle permet généralement d'étanchéifier le joint entre corniche et revêtement, de même qu'un chapeau protège la tranche du bandeau, et un revêtement de tôle l'intérieur de celui-ci.
Les ouvertures
Les ouvertures de la case créole sont hautes et étroites. Leur vitrage est finement cloisonné. Les ouvertures sont une composante essentielle de l'affinement du volume lourd et ramassé de la case.
Hautes et étroites, elles le sont pour combiner un habile dosage d'éclairage et de ventilation de l'habitat. La lumière est la bienvenue dans la case si elle n'est pas accompagnée de chaleur. Généralement, fenêtres et portes fenêtres comportent une imposte ouvrante permettant à l'air chaud de s'échapper même si la croisée est fermée. Parfois, se sont les petits carreaux supérieurs qui s'ouvrent de manière autonome. L'assemblage entre ouvrant et dormant est très simple, en principe une simple feuillure ou même un assemblage à joint plat. De ce fait, l'épaisseur des sections dépasse rarement 30 mm; le mouvement est assuré plus souvent par des charnières que par des paumelles, le poids des ouvrants étant peu important. L'étanchéité de telles ouvertures est relative mais, nous l'avons vu compensée par des éléments extérieurs. Cette étanchéité est en effet assurée, en cas de faible pluie, par des corniches, des auvents et des marquises, et en cas de pluie cyclonique en occultant totalement l'ouverture à l'aide de volets.
Les volets constituent des éléments de protection particulièrement intéressants, à la fois contre l'effraction, contre le soleil, les pluies et les vents cycloniques.
L'ossature n'est pas traitée en barres et écharpes, mais en montants et traverses soutenant le panneau intérieurement. Au centre, un montant en retrait d'un côté et en débord de l'autre forment battant et battus. La fermeture est originale. elle s'effectue à l'aide d'une barre de force en bois, pivotant sur un axe fixé à l'intérieur sur le montant battant. Cette barre est appelée bascule. Elle bascule en effet et vient s’enclencher dans deux cales, occultant solidement la baie. Cette bascule offre l'avantage d'être un raidisseur supplémentaire dans la résistance aux vents cycloniques.
Eléments et facteurs architecturaux favorables du point de vue bioclimatique:
- La varangue ouverte
- Séparation de la cuisine de la maison
- Toiture à forte pente
- Vide d'air sous le plancher
- Faible inertie du bois
- Ouvertures à double battants
- Auvents au-dessus des ouvertures
- Comble ventilé
- Parois double-peau
Facteurs contraignants
- Inexistence de couloirs; manque d'intimité
- Séparation des salles d'eau de la maison
- La varangue fermée par des vitrages
La démarche contemporaine
Les conditions actuelles de surpopulation, manque de logements, de matériaux et éléments de construction locaux font qu'une évolution de l'architecture est nécessaire. Mais l'esprit d'intégration au milieu physique et humain si évident dans la maison traditionnelle doit être conservé et ce sera la préoccupation principale de ce travail.
Au regard de ce qui a été déjà exprimé, on se demande s'il existe une architecture mauricienne ou s'il y a un style architectural mauricien.
Par architecture mauricienne, j'entends une architecture, une expression culturelle à laquelle tout les mauriciens y ont contribué quelles que soit leurs origines sociales ou religieuses. Elle a été mal nommée en la baptisant "coloniale" ou "créole". Il est grand temps que tout le monde soit concerné, que cette architecture soit le résultat, le point de convergence de toutes nos cultures. Elle est donc par essence même leur ultime expression culturelle. Elle appartient à tout le monde; cette architecture est mauricienne à part entière.
Pour ce qui est du style architectural mauricien, il apparaît nécessaire à ce stade de dire que 2 tendances se dessinent:
- le pastiche
- le revivalisme
Source: Institute for environmental and legal studies
Photos: Ilha do Cerne
Pour plus d'infos graphiques, veuillez consulter "La Vie en Varangue - Architecture traditionnelle de l'île Maurice" d'Isabelle Desvaux ainsi que "Maisons traditionnelles de l'île Maurice" de Jean-Louis Pagès.